Les technologies portables s’invitent progressivement dans les salles de classe universitaires, et l’équipe de recherche de l’Université de Notre Dame estime qu’il est important de s’y intéresser dès maintenant, avant que la technologie n’arrive à maturité.
Une équipe mène actuellement des expérimentations concrètes avec des lunettes intelligentes afin d’explorer comment des appareils conçus pour le grand public pourraient soutenir l’enseignement, la recherche et l’accessibilité. Le groupe est composé de Steve Varela, directeur des technologies d’enseignement et d’apprentissage, d’Elena Mangione-Lora, professeure de langue espagnole, et de Madeline Link, doctorante de troisième année en études médiévales.
Leurs travaux portent principalement sur les lunettes intelligentes Ray-Ban Meta, qui combinent l’enregistrement vidéo mains libres et des capacités d’intelligence artificielle en développement. La technologie n’est pas encore aboutie, mais l’équipe voit un réel intérêt à expérimenter dès maintenant afin de mieux comprendre son potentiel en contexte académique.
Le projet est né d’une question concrète : les vidéos captées par des dispositifs portables pourraient-elles contribuer à répondre à des enjeux d’intégrité académique en laboratoire? L’enregistrement mains libres pourrait offrir de nouvelles façons de documenter le travail étudiant ou de revoir des procédures sans interrompre les activités.
Cette réflexion initiale s’est rapidement élargie. Au fil des tests, l’équipe de recherche a commencé à se demander ce que ces lunettes pouvaient réellement accomplir et à qui elles pourraient bénéficier.
Deux fonctionnalités se sont imposées au cœur de leur analyse : la capture vidéo mains libres et l’analyse de scène par intelligence artificielle, qui permet aux lunettes de décrire ce que la personne regarde.
La discussion soulève également des questions plus larges sur l’utilisation de l’intelligence artificielle portable au-delà du milieu universitaire. Afin de situer ces avancées dans le domaine de l’assistance technologique, HumanWare a partagé son point de vue sur le rôle actuel des lunettes intelligentes et leur évolution.
« Avec la généralisation des lunettes intelligentes et des outils d’intelligence artificielle, nous anticipons le développement de nouvelles applications et de nouveaux produits qui bénéficieront à un nombre croissant de personnes aveugles ou ayant une basse vision. Ces technologies contribueront également à améliorer l’expérience utilisateur grâce à la voix, aux interactions naturelles et à la rétroaction haptique.
En milieu académique et scolaire, on peut imaginer des professeurs menant des recherches en accessibilité avec l’IA portable et des membres du personnel enseignant accompagnant des élèves aveugles ou ayant une basse vision à partir d’expériences captées avec des lunettes intelligentes, que ce soit pour accéder à des documents ou se déplacer dans des environnements extérieurs complexes. »
— François Boutrouille, responsable des technologies émergentes chez HumanWare
Les résultats les plus marquants à ce jour concernent l’accessibilité. Madeline Link, qui teste activement les lunettes, a décrit plusieurs usages concrets qui illustrent leur potentiel pour les personnes aveugles ou ayant une basse vision.
Elle les utilise notamment pour identifier des ingrédients en cuisine, vérifier le courrier ou gérer la prise de médicaments. Dans un exemple, elle a simplement tenu une lettre devant les lunettes et demandé qu’elle soit lue à voix haute. L’intelligence artificielle a analysé l’image et restitué le contenu.
En contexte académique, les possibilités vont encore plus loin. Madeline Link a testé des fonctions de traduction à partir d’un produit coréen de soins de la peau et d’un texte en latin. Elle explore également comment les lunettes pourraient faciliter la navigation dans de grandes collections en bibliothèque en capturant du texte provenant d’ouvrages de référence non disponibles en format numérique.
Un autre objectif en développement consiste à capter du texte imprimé et à le convertir dans un format compatible avec des afficheurs braille. L’équipe explore également la possibilité d’utiliser cette technologie pour interpréter des éléments visuels complexes, comme des notes en marge, des annotations ou des manuscrits anciens.
Cette combinaison de portabilité, d’utilisation mains libres et d’interprétation par intelligence artificielle est ce qui distingue cette technologie, selon HumanWare, une entreprise spécialisée dans le développement et la distribution de technologies d’assistance pour les personnes aveugles ou ayant une basse vision, qui propose désormais les lunettes Meta comme technologie d’assistance.
« En technologies d’accessibilité, la véritable valeur de la vidéo mains libres et de l’intelligence artificielle réside dans le contexte. Ces outils permettent aux utilisateurs de capter ce qui se passe autour d’eux et d’obtenir de l’information pertinente sans interrompre leur activité.
Pour de nombreuses personnes aveugles ou ayant une basse vision, ce passage d’une dépendance à une autonomie dans l’accès à l’information peut faire une réelle différence. »
Ce qui intéresse l’équipe de HumanWare, ce n’est pas seulement ce que les lunettes intelligentes peuvent faire de façon autonome, mais aussi la manière dont elles pourraient compléter les technologies d’assistance déjà utilisées par les personnes aveugles ou ayant une basse vision.
Les lecteurs d’écran traditionnels reposent sur des contenus structurés, ce qui limite l’accès aux documents graphiques ou aux documents numérisés. Les lunettes dotées d’intelligence artificielle pourraient combler cet écart en captant et en interprétant des contenus autrement inaccessibles.
« Des lunettes intelligentes dotées d’intelligence artificielle pourraient être utilisées pour capter du texte, par exemple la page d’un livre, et le traduire en format braille, qui pourrait ensuite être affiché sur une plage braille.
Ce serait un pas de plus vers une lecture comparable à celle des personnes voyantes pour une personne aveugle. »
— Dr Louis-Philippe Massé, vice-président, Innovation produit et marketing chez HumanWare
Dr Louis-Philippe Massé souligne que la combinaison de l’intelligence artificielle et des appareils portables ouvre des possibilités inédites. Elle pourrait permettre de naviguer dans des documents non structurés et de transmettre du contenu en temps réel vers des afficheurs braille, créant ainsi des solutions qui n’étaient pas envisageables il y a quelques années.
L’équipe de Notre Dame explore également l’utilisation des lunettes intelligentes dans un autre contexte : l’apprentissage des langues. Elena Mangione-Lora teste les lunettes pour la traduction en temps réel lors de conversations en espagnol. L’objectif est de soutenir la pratique linguistique et les échanges culturels en permettant de suivre une conversation sans interrompre l’interaction.
Cette utilisation est encore en phase expérimentale. La technologie peut sembler lourde à utiliser et la précision n’est pas encore suffisante pour des contextes d’enseignement exigeants. Toutefois, ces essais permettent d’identifier des pistes d’évolution.
L’utilisation de caméras portables en salle de classe soulève des enjeux importants. Les chercheurs et chercheuses ont mis en avant plusieurs questions : comment savoir quand un enregistrement est en cours, qui contrôle les données captées et comment protéger les informations sensibles.
Ces enjeux ne sont pas théoriques. Les lunettes peuvent enregistrer de manière continue et discrète. Les établissements doivent donc définir des règles claires concernant le consentement, la gestion des données et les usages acceptables avant toute intégration dans un contexte éducatif.
Malgré les limites actuelles, notamment en matière de confidentialité, d’ergonomie et de performance de l’intelligence artificielle, le message de l’équipe est clair : attendre une solution parfaite risque de limiter la capacité d’influencer son développement.
En expérimentant dès maintenant, il devient possible d’identifier des usages concrets, de documenter les limites et de contribuer à la conception d’outils mieux adaptés aux besoins des étudiants et du personnel enseignant.
Cette approche rejoint celle de HumanWare, qui consiste à mettre les technologies émergentes entre les mains des utilisateurs et à apprendre de leur utilisation réelle.
« Notre collaboration avec Meta reflète la mission plus large de HumanWare, qui consiste à intégrer des technologies émergentes comme les lunettes intelligentes Ray-Ban Meta dans l’écosystème des technologies d’assistance sur lequel les personnes aveugles et celles ayant une basse vision s’appuient au quotidien. »
— Mathieu Paquette, gestionnaire de produits chez HumanWare
Les lunettes intelligentes ne transformeront pas l’enseignement supérieur du jour au lendemain. Mais les recherches en cours montrent déjà qu’elles peuvent ouvrir de nouvelles possibilités en matière d’accessibilité, d’apprentissage et de recherche.